Système générique au Canada : comment il diffère de celui des États-Unis
Si vous avez déjà acheté un médicament générique au Canada et que vous avez été surpris par le prix, vous n’êtes pas seul. Beaucoup de Canadiens paient plus pour des génériques que leurs voisins américains - même si le système de santé canadien est censé être plus abordable. Pourquoi ? La réponse ne se trouve pas dans la qualité des médicaments, mais dans la structure profonde de deux systèmes qui poursuivent des objectifs totalement différents.
Le Canada contrôle les prix, mais pas les génériques
Au Canada, les prix des médicaments brevetés sont rigoureusement encadrés depuis 1987 par la Commission des prix des médicaments brevetés (Organisme fédéral qui fixe les prix maximaux des médicaments brevetés pour protéger les systèmes de santé publics). Mais les génériques ? Ils sont exclus de cette règle. C’est une anomalie : le gouvernement contrôle les prix des marques, mais laisse les génériques à la merci du marché. Résultat ? Les fabricants, sachant qu’ils ne peuvent pas augmenter les prix des brevetés, se tournent vers les génériques - où les règles sont plus souples. Cela explique pourquoi certains génériques canadiens coûtent plus cher que leurs équivalents américains, même si le système global de santé est moins cher.Les États-Unis : la guerre des prix
Aux États-Unis, il n’y a pas de prix maximum pour les médicaments. Pas de commission. Pas de négociation centrale. Ce qui régit les prix, c’est la concurrence. Dès qu’un brevet expire, des dizaines de fabricants entrent sur le marché. En six mois, le prix d’un générique peut chuter de 80 à 90 %. En 2023, la moyenne était de 7,3 fabricants par produit générique aux États-Unis. Au Canada, ce chiffre est de 3,8. Moins de concurrents = moins de pression sur les prix.Les Américains profitent de cette guerre des prix. Des plateformes comme GoodRx permettent de comparer les prix entre pharmacies en quelques clics. 88 % des génériques les plus prescrits sont moins chers aux États-Unis, selon PharmacyChecker. Pour 30 médicaments étudiés, les prix américains étaient en moyenne 68 % plus bas. Un patient canadien paie 45 $ CAD pour 90 jours d’atorvastatine (un générique du Lipitor) à Toronto. Un Américain paie 12 $ US pour la même quantité via une pharmacie en ligne. Ce n’est pas une erreur. C’est la logique du marché.
Le Canada : moins de choix, plus de sécurité
Mais le Canada n’est pas malade. Il a choisi une autre voie. Plutôt que de miser sur la concurrence, il mise sur la stabilité. Le Partenariat pancanadien sur les médicaments (Alliance entre les provinces et territoires pour négocier collectivement les prix des médicaments pour les systèmes publics) négocie les prix des génériques pour les programmes publics. Ce n’est pas rapide - ça prend entre 18 et 24 mois après l’expiration d’un brevet. Mais ça crée un système prévisible. Les hôpitaux, les pharmacies et les patients savent à quoi s’attendre.Et ce système a un avantage invisible : la gestion des pénuries. Pendant la crise de l’albuterol en 2022, les hôpitaux canadiens ont reçu des allocations prioritaires grâce à un système de suivi actif de Santé Canada (Agence fédérale qui surveille la disponibilité des médicaments et intervient en cas de pénurie). Aux États-Unis, la FDA réagit - mais souvent trop tard. Dans une étude de 2023, les pénuries de médicaments étaient deux fois plus fréquentes pour les produits à un seul fournisseur aux États-Unis. Les génériques représentent plus de 90 % des pénuries dans les deux pays. Mais au Canada, les pénuries durent moins longtemps.
Qui paie quoi ?
Dans les deux pays, environ la moitié des médicaments sont payés par l’assurance publique, l’autre moitié par l’assurance privée. Mais la structure est différente. Au Canada, les provinces négocient ensemble pour 42 % du marché (les dépenses publiques). Aux États-Unis, les assureurs privés sont plus nombreux, mais moins puissants. Il n’y a pas de négociation centrale. Chaque entreprise négocie à son niveau. Résultat : des prix très inégaux selon l’assurance.En 2021, les dépenses par habitant pour les médicaments étaient de 814 $ CAD au Canada et de 1 432 $ USD aux États-Unis. Pourtant, le taux de dispense des génériques est plus bas au Canada (83 %) qu’aux États-Unis (90 %). Pourquoi ? Parce que les médecins et les patients attendent plus longtemps avant de passer au générique - les prix ne baissent pas assez vite pour justifier le changement.
La réalité des pharmaciens
Les pharmaciens au Canada passent 5 à 7 heures par semaine à gérer les prix des génériques. Ils doivent comprendre des systèmes de tarification en trois niveaux, basés sur le nombre de fabricants, la région, et les accords provinciaux. Aux États-Unis, les pharmaciens passent 3 à 4 heures par semaine. Mais leur travail est plus chaotique : ils doivent jongler avec des formularies de 20 assureurs différents. Un patient peut avoir un prix à Walmart, un autre à CVS, et un troisième à sa pharmacie locale. 63 % des Américains doivent vérifier trois pharmacies avant de trouver le meilleur prix. Au Canada, la moyenne est de 1,7 pharmacies. Moins de stress, moins de confusion.
Les consommateurs parlent
Sur Reddit, un Canadien écrit : « J’ai payé 45 $ pour mon générique. Ma sœur en Californie paie 12 $. C’est fou. » Mais sur les forums de santé, une infirmière de Calgary raconte : « Pendant la pénurie d’albuterol, j’ai eu accès à des stocks. Ma sœur à Seattle n’a pas pu en obtenir pendant des semaines. »Les sondages le confirment : 68 % des Canadiens disent n’avoir eu aucun problème d’accès à leurs génériques essentiels. Aux États-Unis, ce chiffre tombe à 49 %. Les Américains aiment les prix bas. Les Canadiens aiment la sécurité. Les deux systèmes ont leurs forces - et leurs faiblesses.
Que va changer en 2025 ?
Le Canada prévoit une hausse de 15 à 20 % des prix des génériques d’ici 2025, à cause des pressions sur les chaînes d’approvisionnement. Les États-Unis, eux, prévoient une baisse de 5 à 8 % par an jusqu’en 2026. Pourtant, le Canada a mis en place en janvier 2023 un cadre de résilience des chaînes d’approvisionnement pour empêcher les importations massives en provenance des États-Unis - une mesure qui pourrait limiter les baisses de prix, mais protéger les stocks locaux.Le débat est loin d’être terminé. Certains experts comme le Dr Aisha Lofters de l’Université de Toronto disent que les prix élevés des génériques menacent le modèle canadien de pharmacie universelle. D’autres, comme le Dr David Henry, rappellent que les génériques ont permis d’économiser plus de 37 milliards de dollars par an au Canada - même si certains coûtaient plus cher qu’aux États-Unis. L’essentiel, c’est que le système canadien fonctionne comme un tout. Il ne cherche pas à avoir le prix le plus bas. Il cherche à avoir un accès stable, équitable et fiable.
Le choix entre prix et sécurité
Le Canada n’a pas choisi d’être plus cher. Il a choisi d’être plus sûr. Les États-Unis n’ont pas choisi d’être plus compétitifs. Ils ont choisi d’être plus volatils. Les deux systèmes fonctionnent - mais pas de la même manière. Si vous êtes Canadien, vous payez parfois plus. Mais vous êtes moins susceptible de vous retrouver sans médicament quand vous en avez le plus besoin. Si vous êtes Américain, vous payez moins. Mais vous devez surveiller vos prix, vérifier vos assurances, et espérer que votre pharmacie n’aura pas de rupture de stock.Il n’y a pas de bon ou de mauvais système. Il y a deux philosophies. Une qui privilégie la concurrence. Une autre qui privilégie la confiance. Et pour les patients, c’est cette confiance - plus que le prix - qui compte le plus.
Pourquoi les génériques sont-ils plus chers au Canada qu’aux États-Unis ?
Parce que le Canada n’a pas de concurrence suffisante parmi les fabricants de génériques. Avec une population d’un dixième de celle des États-Unis, il y a moins d’entreprises qui produisent les mêmes médicaments. En plus, les prix ne sont pas négociés aussi rapidement après l’expiration des brevets. Aux États-Unis, des dizaines de fabricants entrent sur le marché en quelques mois, ce qui fait chuter les prix. Au Canada, la négociation peut prendre jusqu’à deux ans, et les fabricants profitent de ce vide pour maintenir des prix plus élevés.
Le système canadien est-il plus efficace pour éviter les pénuries de médicaments ?
Oui. Santé Canada surveille activement les stocks, identifie les risques de pénurie et travaille avec les fabricants pour éviter les ruptures. Aux États-Unis, la FDA réagit souvent après que la pénurie est déjà là. Une étude de 2023 montre que les pénuries de médicaments à un seul fournisseur sont deux fois plus fréquentes aux États-Unis. Le Canada a aussi des mécanismes pour prioriser les hôpitaux et les patients les plus vulnérables pendant les crises.
Les Canadiens peuvent-ils acheter des médicaments aux États-Unis pour moins cher ?
Techniquement, oui - mais ce n’est pas légal pour la plupart des Canadiens. La loi américaine permet l’importation de médicaments du Canada, mais pas l’inverse. Les États comme le Vermont ou la Floride ont essayé d’importer des médicaments du Canada, mais le gouvernement fédéral américain n’a jamais autorisé ces programmes. Les Canadiens qui achètent en ligne aux États-Unis le font à leurs risques : les médicaments ne sont pas réglementés par Santé Canada, et leur qualité n’est pas garantie.
Pourquoi le Canada ne réduit-il pas les prix des génériques comme les États-Unis ?
Parce que le modèle canadien repose sur la négociation collective, pas sur la concurrence. Les provinces négocient ensemble pour obtenir des prix bas, mais ce processus est lent. De plus, le gouvernement craint que des prix trop bas ne poussent les fabricants à quitter le marché canadien - ce qui augmenterait les risques de pénurie. Le Canada préfère un prix modéré mais stable à un prix bas mais instable.
Quel pays a le meilleur système pour les patients ?
Cela dépend de ce que vous valorisez. Si vous voulez le prix le plus bas, les États-Unis gagnent. Si vous voulez la sécurité, la stabilité et un accès fiable aux médicaments - même pendant les crises - le Canada a l’avantage. Les Américains doivent faire du shopping médical. Les Canadiens n’ont pas besoin de le faire. Mais ils paient un peu plus. Ce n’est pas une question de meilleur système. C’est une question de priorité : prix ou sécurité ?