Statines : Bienfaits sur le cholestérol et risques de douleurs musculaires
Les statines sont l’un des médicaments les plus prescrits au monde. En France comme aux États-Unis, des millions de personnes les prennent chaque jour. Pourquoi ? Parce qu’elles réduisent efficacement le cholestérol LDL, ce mauvais cholestérol qui encombre les artères et augmente le risque de crise cardiaque ou d’AVC. Mais derrière ces bénéfices clairs, il y a un effet secondaire qui inquiète beaucoup : les douleurs musculaires. Est-ce un risque réel ? Faut-il arrêter de les prendre ? Voici ce que disent les données, les études et les patients.
Comment les statines réduisent le cholestérol
Les statines ne fonctionnent pas comme un simple filtre. Elles agissent à la source : dans le foie. Elles bloquent une enzyme appelée HMG-CoA réductase l’enzyme clé qui fabrique le cholestérol dans le foie. Quand cette enzyme est freinée, le foie produit moins de cholestérol. En réponse, il augmente la quantité de récepteurs LDL à sa surface - comme des capteurs qui attrapent le cholestérol dans le sang. Résultat ? Le LDL disparaît plus vite de votre circulation sanguine.
Les chiffres sont impressionnants. Une étude publiée dans Circulation en 2000 a montré que les statines réduisent le LDL d’environ 1,8 mmol/L (soit 70 mg/dL). Cela se traduit par une baisse de 60 % des événements cardiaques majeurs : infarctus, mort subite, ou révascularisation. Pour chaque réduction de 1 mmol/L de LDL, le risque de problème cardiovasculaire diminue de 22 %. C’est une équation simple : moins de cholestérol dans les artères = moins de risque de blocage.
Les statines ne font pas que baisser le LDL. Elles améliorent aussi la santé des vaisseaux. Elles réduisent l’inflammation, stabilisent les plaques de cholestérol déjà présentes, et aident les cellules qui tapissent les artères à mieux fonctionner. Ces effets, appelés "pléiotropiques", agissent même si le taux de cholestérol ne baisse pas beaucoup. C’est pourquoi même les personnes avec un LDL normal peuvent bénéficier d’une statine s’ils ont un risque cardiovasculaire élevé.
Le risque de douleurs musculaires : réel, mais souvent exagéré
Si vous avez déjà entendu parler de statines, c’est probablement à cause des douleurs musculaires. "J’ai eu des crampes terribles", "je ne pouvais plus marcher", "j’ai arrêté parce que j’étais trop fatigué" - ces témoignages sont nombreux sur les forums. Mais combien de personnes sont vraiment concernées ?
Les études montrent que les douleurs musculaires une forme bénigne de myalgie sans élévation des enzymes musculaires touchent entre 5 et 10 % des patients. Ce n’est pas négligeable, mais ce n’est pas non plus la règle. La majorité des gens (90 %) ne ressentent rien. Et parmi ceux qui ont des douleurs, la plupart sont légères et passagères.
Le vrai danger, la rhabdomyolyse une destruction sévère des fibres musculaires pouvant entraîner une insuffisance rénale, est extrêmement rare : moins de 1 cas pour 10 000 patients par an. C’est moins fréquent que de se casser un bras en faisant du vélo. Pourtant, cette possibilité effraie beaucoup de monde - et c’est ce qui pousse certains à arrêter leur traitement sans avis médical.
Le problème, c’est que beaucoup de douleurs musculaires sont mal interprétées. Une étude de l’American Journal of Cardiovascular Drugs a montré que les symptômes sont souvent sous-évalués. Une personne qui se sent fatiguée ou qui a mal aux jambes après 6 mois de statine peut penser que c’est le médicament. Mais ce pourrait être le vieillissement, un manque de sommeil, un exercice nouveau, ou même une carence en vitamine D. Le lien n’est pas toujours direct.
Quelles statines causent le plus de douleurs ?
Toutes les statines ne se valent pas. Certaines sont plus susceptibles de provoquer des douleurs musculaires que d’autres. Cela dépend de leur métabolisme, de leur puissance, et de la façon dont elles sont traitées par le foie.
Voici un aperçu des plus courantes :
| Statine | Intensité | Réduction du LDL | Risque de douleurs musculaires |
|---|---|---|---|
| Atorvastatine (Lipitor) | Élevée | 40 à 60 % | Moyen |
| Rosuvastatine (Crestor) | Élevée | 50 à 60 % | Moyen |
| Simvastatine (Zocor) | Moderée | 35 à 45 % | Élevé |
| Pravastatine (Pravachol) | Moderée | 30 à 40 % | Faible |
| Pitavastatine (Livalo) | Moderée | 35 à 45 % | Faible |
La simvastatine, surtout à doses élevées (40 mg ou plus), est la plus associée aux douleurs. La pravastatine et la pitavastatine, elles, sont moins métabolisées par le foie et ont un profil plus doux. Si vous avez des douleurs, votre médecin peut vous proposer de changer de statine - sans pour autant perdre l’effet protecteur.
Et si vous arrêtez vos statines ?
Une étude publiée dans JAMA Internal Medicine en 2014 a suivi plus de 10 000 patients. Résultat ? 49 % d’entre eux ont arrêté leur traitement dans les 12 mois. La plupart le font parce qu’ils pensent que les effets secondaires sont pires que les risques cardiovasculaires. C’est une erreur.
Arrêter une statine, c’est revenir à un niveau de cholestérol élevé. Et ça, c’est dangereux. Pour une personne ayant déjà eu un infarctus, arrêter les statines augmente de 40 % le risque de récidive dans les deux ans. Même pour les personnes à risque modéré, l’arrêt prolongé peut faire grimper le risque d’AVC de 25 %.
Le vrai problème, c’est qu’on arrête trop vite. On ne cherche pas d’alternative. On ne vérifie pas si c’est vraiment la statine. On ne teste pas les autres causes. Et pourtant, il existe plusieurs solutions.
Que faire si vous avez mal aux muscles ?
Si vous ressentez des douleurs après avoir commencé une statine, ne vous arrêtez pas tout de suite. Parlez-en à votre médecin. Voici ce qu’il peut faire :
- Effectuer un bilan sanguin : mesurer les enzymes musculaires (CK, LDH) pour écarter une rhabdomyolyse.
- Passer à une statine à faible risque : comme la pravastatine ou la pitavastatine.
- Réduire la dose : parfois, 10 mg d’atorvastatine suffisent, au lieu de 40 mg.
- Prendre la statine tous les deux jours ou une fois par semaine : certaines statines gardent leur effet même avec une fréquence réduite.
- Essayer du coenzyme Q10 : bien que les preuves soient limitées, certains patients rapportent une amélioration après 4 à 6 semaines de supplémentation.
- Évaluer d’autres causes : carence en vitamine D, hypothyroïdie, activité physique excessive.
Il y a aussi une nouvelle piste : les tests génétiques. Une variante du gène SLCO1B1 un gène impliqué dans le transport des statines dans le foie augmente le risque de douleurs avec la simvastatine. Ce test n’est pas encore standard, mais il devient de plus en plus accessible.
Les statines, c’est pour qui ?
Les statines ne sont pas pour tout le monde. Elles sont recommandées pour :
- Les personnes ayant déjà eu un infarctus, un accident vasculaire cérébral ou une angioplastie.
- Celles avec un cholestérol LDL supérieur à 4,9 mmol/L (190 mg/dL).
- Les diabétiques de plus de 40 ans avec un risque cardiovasculaire élevé.
- Les personnes avec un score de risque cardiovasculaire de 20 % ou plus sur 10 ans (calculé avec des outils comme ASCVD).
Si vous êtes en bonne santé, avec un LDL à 3 mmol/L et pas d’autre facteur de risque, les statines ne sont probablement pas nécessaires. Le régime, l’exercice, et la perte de poids peuvent suffire.
Le futur des statines
Les chercheurs ne s’arrêtent pas là. À Stanford, une équipe dirigée par le Dr Chun Liu étudie comment les statines protègent les vaisseaux sans affecter les muscles. L’objectif ? Développer des versions plus ciblées, qui n’agissent que sur les cellules vasculaires, et non sur les cellules musculaires. Ce n’est pas encore disponible, mais c’est la voie du futur.
En attendant, le message est clair : les statines sauvent des vies. Les douleurs musculaires, même si elles sont réelles, sont souvent exagérées, mal comprises, ou mal gérées. Elles ne doivent pas être une raison pour abandonner un traitement qui peut vous éviter un infarctus.
Les statines font-elles grossir ?
Non, les statines ne provoquent pas de prise de poids. Certains patients disent avoir plus faim ou se sentir plus fatigués, ce qui peut les pousser à bouger moins. Mais ce n’est pas un effet direct du médicament. Aucune étude n’a établi de lien entre statines et augmentation de la masse grasse.
Est-ce que les statines abiment le foie ?
Les statines peuvent légèrement augmenter les enzymes hépatiques chez 1 à 2 % des patients, mais cela ne signifie pas de lésion du foie. En général, ces variations reviennent à la normale sans arrêter le traitement. Un suivi annuel de la fonction hépatique est suffisant. Une hépatite grave due aux statines est extrêmement rare.
Puis-je prendre des compléments comme le coenzyme Q10 ?
Oui, c’est sans danger. Le coenzyme Q10 est naturellement présent dans les muscles, et les statines en réduisent un peu la production. Certains patients rapportent une diminution des douleurs après 6 semaines de supplémentation. Mais les études ne sont pas concluantes. Cela peut aider, mais ce n’est pas une solution garantie.
Les statines sont-elles dangereuses pour les personnes âgées ?
Non, au contraire. Les personnes âgées bénéficient souvent davantage des statines, car leur risque cardiovasculaire est plus élevé. Les études montrent qu’elles réduisent significativement les décès et les hospitalisations chez les plus de 75 ans. Il faut juste surveiller les interactions avec d’autres médicaments et adapter la dose si nécessaire.
Faut-il faire des analyses de sang régulières ?
Oui, mais pas trop souvent. Avant de commencer, un bilan sanguin est nécessaire (cholestérol, fonctions rénale et hépatique, CK). Ensuite, une analyse à 6 semaines, puis une par an suffit. Si vous n’avez aucun symptôme, pas besoin de contrôles fréquents. L’important, c’est de signaler toute douleur musculaire inhabituelle.