Infections cutanées bactériennes : impétigo, cellulite et antibiotiques
Qu’est-ce qu’une infection cutanée bactérienne ?
Une infection cutanée bactérienne, c’est quand des bactéries entrent dans la peau par une petite coupure, une piqûre d’insecte, un eczéma ou même un simple grattage. Ce n’est pas une simple éruption : c’est une invasion réelle qui peut se propager rapidement. Les deux formes les plus courantes sont l’impétigo et la cellulite. L’une est superficielle et très contagieuse, l’autre est plus profonde et potentiellement dangereuse. Toutes deux nécessitent un traitement précis, surtout aujourd’hui où les bactéries résistent de plus en plus aux antibiotiques classiques.
L’impétigo : les plaies qui se transmettent facilement
L’impétigo, souvent appelé « plaies d’école », touche surtout les enfants de 2 à 5 ans. Il commence par de petites vésicules ou des pustules, généralement autour du nez ou de la bouche. En 4 à 6 jours, ces lésions éclatent et laissent des croûtes jaune miel - c’est le signe typique. La forme la plus fréquente (70 % des cas) est la forme non bullreuse. La forme bullreuse, plus rare, concerne les bébés de moins de 2 ans : elle présente de grosses cloques fines qui éclatent facilement, laissant des zones dénudées entourées d’un anneau de peau intacte.
Autrefois, on pensait que c’était surtout le Streptococcus pyogenes qui causait l’impétigo. Aujourd’hui, c’est Staphylococcus aureus qui est responsable dans 80 à 90 % des cas. Et presque toutes ces souches produisent une enzyme (la pénicillinase) qui détruit la pénicilline. C’est pourquoi la pénicilline ne fonctionne plus dans 68 % des cas. Ce changement a bouleversé les traitements.
L’impétigo est extrêmement contagieux. Il se transmet par contact direct - un enfant qui se gratte puis touche un jouet, une serviette, ou un autre enfant. Dans les crèches ou les écoles, les éclosions peuvent toucher 15 à 20 % des enfants exposés. Heureusement, une fois le traitement commencé, l’enfant n’est plus contagieux après 24 heures.
La cellulite : quand l’infection pénètre en profondeur
Contrairement à l’impétigo, la cellulite ne se limite pas à la surface. Elle atteint la peau, mais aussi les tissus en dessous - le derme et le tissu sous-cutané. Elle se manifeste par une zone rouge, chaude, douloureuse et gonflée, avec des bords flous. Elle ne ressemble pas à une éruption, mais à un œdème qui s’étend. Chez les adultes, elle touche surtout les jambes (70 % des cas), souvent après une petite blessure : une coupure, une piqûre, une fissure due au pied d’athlète.
Les bactéries responsables sont différentes : ici, c’est surtout Streptococcus pyogenes (60-80 % des cas), parfois associé à Staphylococcus aureus. La cellulite n’est pas contagieuse. Elle vient de l’intérieur : une bactérie déjà présente sur la peau pénètre à travers une brèche. Ce n’est pas une infection attrapée d’un autre, c’est une infection qui dégénère.
Elle peut devenir grave. Dans 5 à 9 % des cas, les bactéries entrent dans le sang (bactériémie). Dans 0,3 % des cas, elles provoquent une nécrose des tissus - une fasciite nécrosante, une urgence médicale. Et chez les personnes âgées ou diabétiques, le risque est multiplié : un diabétique a 3,2 fois plus de chances d’avoir une cellulite. L’obésité et l’insuffisance veineuse chronique augmentent aussi le risque.
Antibiotiques : ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne plus
Le traitement dépend de la profondeur de l’infection. Pour l’impétigo localisé (moins de 5 lésions), la crème de mupirocine (Bactroban) est la première ligne. Appliquée trois fois par jour pendant 5 jours, elle guérit 92 % des cas. Il faut d’abord nettoyer les croûtes avec de l’eau tiède et du savon doux, puis appliquer la crème sur la peau sèche. La plupart des enfants montrent une amélioration en 3 jours.
Si l’impétigo est étendu, ou s’il s’agit d’une forme bullreuse, on passe aux antibiotiques oraux : la céphalexine (25 à 50 mg/kg/jour en 2 à 4 prises) pendant 7 jours est efficace. Pour les enfants allergiques à la pénicilline, la clindamycine est une alternative.
Pour la cellulite, c’est différent. On ne peut pas traiter une infection profonde avec une crème. Il faut des antibiotiques par voie orale, voire intraveineuse. Pour les cas légers : céphalexine ou dicloxacilline (500 mg quatre fois par jour) pendant 5 à 14 jours. Pour les cas sévères - fièvre, douleur intense, propagation rapide - l’hospitalisation est nécessaire. On administre alors de la céfazoline par perfusion.
Et si c’est une infection à MRSA (Staphylococcus résistant à la méthicilline) ? C’est de plus en plus fréquent. Aux États-Unis, 50 % des infections cutanées communautaires sont dues au MRSA. Dans ce cas, la céphalexine ne marche plus. On utilise alors du doxycycline (100 mg deux fois par jour) ou du triméthoprime-sulfaméthoxazole (160/800 mg deux fois par jour) pendant 7 à 10 jours. Ces traitements ont un taux de réussite de 85 à 90 %.
Un nouveau traitement émerge : la retapamuline (Altabax), une crème topique approuvée pour l’impétigo. Des essais récents sur 1 200 enfants ont montré une efficacité de 94 %. Ce n’est pas encore le standard partout, mais c’est une bonne alternative pour éviter les antibiotiques oraux chez les petits.
Complications : ce qu’il ne faut jamais ignorer
L’impétigo peut entraîner une glomérulonéphrite post-streptococcique - une inflammation des reins - dans 1 à 5 % des cas. C’est rare, mais sérieux. Il faut surveiller l’urine (couleur foncée, mousseuse) et la pression artérielle après une infection.
La cellulite, elle, peut déclencher des complications mortelles. Si la peau devient douloureuse comme brûlée, qu’elle se détache ou que la fièvre monte à plus de 38,3 °C, c’est une urgence. Cela peut être un syndrome de la peau brûlée par le staphylocoque (SSSS), qui touche les nourrissons. Il faut appeler les secours immédiatement. Dans les cas graves, la cellulite peut provoquer une septicémie, une infection généralisée qui tue 2 à 4 % des patients hospitalisés.
Diagnostic : comment savoir ce qu’on a vraiment
Le diagnostic de l’impétigo est souvent clinique. Le médecin regarde les lésions, leur localisation, la croûte. On ne fait pas de prélèvement sauf en cas d’échec de traitement ou d’éclosion dans une école. Pour la cellulite, il faut éliminer d’autres causes : un caillot sanguin (thrombose veineuse profonde), une dermatite de stase, ou une inflammation articulaire. Une échographie ou une IRM peut être utile si le diagnostic est douteux.
Prévention : comment éviter les récidives
La prévention commence par la propreté. Pendant une éclosion d’impétigo, lavez les enfants quotidiennement avec un savon antibactérien. Ne partagez pas les serviettes, les vêtements ou les jouets. Coupez les ongles courts pour éviter les grattages. Traitez les petites plaies avec un antiseptique.
Pour la cellulite, surveillez les peaux fragiles : les diabétiques doivent inspecter leurs pieds chaque jour. Évitez les pieds nus dans les douches publiques. Traitez les mycoses du pied rapidement. Si vous avez une plaie qui ne guérit pas, consultez.
La résistance aux antibiotiques est une crise mondiale. L’OMS signale que 65 % des souches de Staphylococcus aureus résistent à l’érythromycine, 45 % à la clindamycine. Chaque antibiotique inutile accélère ce phénomène. C’est pourquoi les médecins sont de plus en plus prudents : on ne prescrit plus d’antibiotiques pour une simple éruption sans signe d’infection bactérienne.
Quand consulter ?
Consultez si :
- La lésion s’étend rapidement
- La peau devient dure, chaude, ou change de couleur
- Vous avez de la fièvre
- Votre enfant est très fatigué, refuse de manger
- La plaie ne s’améliore pas après 48 heures de traitement
- Vous avez un diabète, un système immunitaire affaibli, ou une maladie chronique
Si la peau semble brûlée, qu’elle se détache, ou que la fièvre dépasse 39 °C, appelez immédiatement les secours. Ce n’est pas une urgence ordinaire : c’est une urgence vitale.
Les chiffres clés à retenir
- 162 millions d’enfants dans le monde ont eu l’impétigo en 2020 (OMS)
- 2,3 millions de visites aux urgences aux États-Unis par an pour cellulite (CDC)
- 80 % des cas d’impétigo sont causés par Staphylococcus aureus
- 68 % des souches de S. aureus résistent à la pénicilline
- 50 % des infections cutanées communautaires aux États-Unis sont dues au MRSA
- La mupirocine guérit 92 % des impétigos locaux
- La cellulite touche 70 % des adultes sur les jambes
- Les enfants deviennent non contagieux après 24 heures de traitement
- La réduction des antibiotiques inutiles est un objectif de santé publique en 2025
L’impétigo est-il contagieux pour les adultes ?
Oui, l’impétigo est très contagieux pour les adultes, surtout si leur peau est abîmée ou s’ils ont un système immunitaire affaibli. Mais il est beaucoup plus fréquent chez les enfants. Les adultes peuvent le contracter dans les foyers, les crèches, ou les écoles. Une fois le traitement antibiotique commencé, ils ne sont plus contagieux après 24 heures.
Peut-on traiter l’impétigo sans antibiotique ?
Pour les cas très légers et limités, le nettoyage régulier avec du savon et de l’eau peut suffire. Mais la plupart des cas nécessitent un traitement topique comme la mupirocine. Sans traitement, l’infection peut s’étendre, devenir plus grave, ou se propager à d’autres personnes. Il ne faut pas attendre que ça passe tout seul.
Pourquoi la pénicilline ne marche plus contre l’impétigo ?
Parce que la majorité des bactéries responsables - le Staphylococcus aureus - produisent une enzyme appelée pénicillinase. Cette enzyme détruit la pénicilline avant qu’elle n’agisse. C’est une résistance naturelle, devenue quasi universelle depuis les années 1990. C’est pourquoi les médecins n’utilisent plus la pénicilline pour traiter les infections cutanées.
La cellulite peut-elle revenir après un traitement ?
Oui, surtout si les facteurs de risque ne sont pas traités. Les personnes atteintes de diabète, d’insuffisance veineuse, d’eczéma ou d’obésité ont un risque plus élevé de récidive. Il est crucial de traiter les causes sous-jacentes : hydrater la peau, porter des bas de compression, contrôler la glycémie, et protéger les pieds. Sans cela, la cellulite peut revenir plusieurs fois.
Quelle est la différence entre l’impétigo et l’eczéma ?
L’eczéma est une maladie inflammatoire chronique de la peau, souvent allergique. Il ne contient pas de bactéries au départ. Mais quand la peau est fissurée, des bactéries comme Staphylococcus aureus peuvent s’y installer et provoquer une infection secondaire. C’est alors une infection de l’eczéma, pas un impétigo pur. Le traitement est différent : on soigne d’abord l’eczéma, puis on traite l’infection.
Les antibiotiques en vente libre existent-ils pour ces infections ?
Non, en France et dans l’Union européenne, les antibiotiques sont strictement sur ordonnance. Même les crèmes comme la mupirocine ou la retapamuline nécessitent une prescription. Cela évite l’automédication et la résistance. Ne prenez jamais d’antibiotique sans avis médical, même si vous pensez connaître la maladie.
Elaine Vea Mea Duldulao
Merci pour ce résumé clair ! J'ai une voisine qui a eu un impétigo l'année dernière, et elle a tout fait pour éviter de le transmettre à ses petits-enfants. C'est rassurant de voir qu'avec un bon traitement, ça va vite.
Alexandra Marie
Ah oui, la pénicilline... ça fait rire. J'ai eu un impétigo à 8 ans, on m'a donné de la pénicilline. Résultat : rien. Puis la mupirocine, et boom, disparu en 3 jours. Les médecins ont enfin compris, même si certains prescrivent encore comme en 1985 😅
andreas klucker
Les données sur la résistance aux antibiotiques sont préoccupantes. 68 % des souches de S. aureus résistantes à la pénicilline, 50 % de MRSA en milieu communautaire aux US - ça reflète une pression sélective massive due à une surprescription chronique. La retapamuline est prometteuse en tant qu'alternative topique à faible impact sur le microbiome cutané.
Myriam Muñoz Marfil
Je suis infirmière et je vois ça tous les jours. Les parents qui attendent 5 jours avant de consulter parce qu’ils pensent que c’est juste une éruption. Non. C’est pas une éruption. C’est une invasion. Et si ça se propage, c’est la cellulite. Et là, c’est l’hôpital. Ne jouez pas avec la peau de vos enfants.
Brittany Pierre
Ooooh j’adore quand on parle de la résistance aux antibios 😭😭😭 C’est une catastrophe silencieuse ! On a tous déjà pris un antibiotique pour un rhume… et maintenant on va mourir d’une coupure qui s’infecte parce que plus rien ne marche 😭😭😭 #AntibioCrash #SaveOurAntibiotics
Valentin PEROUZE
Et si c’était une manœuvre des labos pour vendre des crèmes chères ? La mupirocine coûte 30€, la pénicilline 2€. Qui a intérêt à ce qu’on arrête la pénicilline ? Les labos. Les chiffres sont truqués. Le MRSA ? Une invention marketing. Les vrais médecins savent.
Joanna Magloire
Je me suis fait une petite coupure avec un morceau de verre, j’ai mis du désinfectant, et j’ai attendu. Rien. Pas d’infection. Parfois, la peau se débrouille toute seule. 😊
Raphael paris
Trop de texte. Personne ne lit ça. Mupirocine = bon. Antibios = mauvais. Fin.
Emily Elise
C’est fou comment on sous-estime les infections cutanées. J’ai vu une femme de 72 ans perdre sa jambe à cause d’une cellulite qu’elle a ignorée pendant 3 semaines parce qu’elle pensait que c’était « juste un œdème ». On ne peut pas continuer comme ça. Il faut éduquer, éduquer, éduquer.
Jeanne Noël-Métayer
Vous oubliez le rôle du biofilm dans la résistance persistante. S. aureus forme des biofilms sur les lésions cutanées, ce qui protège les bactéries des antibiotiques topiques. C’est pourquoi la mupirocine échoue dans 8 % des cas : elle ne pénètre pas le biofilm. La retapamuline, elle, a une meilleure pénétration lipidique grâce à sa structure amphiphile. Et pour la cellulite, la céfazoline reste l’or pur - pas de compromis.
Antoine Boyer
L’information présentée ici est rigoureuse, bien structurée et fondée sur des données épidémiologiques récentes. Il est essentiel de maintenir cette rigueur scientifique dans la communication médicale publique, afin de contrer la désinformation grandissante sur les antibiotiques et les infections. Merci pour cette contribution précieuse.
fleur challis
Et si le MRSA n’existait pas ? Et si c’était juste une excuse pour vendre des antibiotiques de luxe ? Et si tout ça, c’était un complot de l’OMS et des labos pour faire peur aux gens et les forcer à payer pour des traitements inutiles ? J’ai lu un blog en 2018 qui disait que les croûtes jaunes, c’était juste du sébum oxydé. Je vous le dis : on nous ment. Et les médecins ? Ils sont payés pour dire ce qu’on leur dit de dire.
Alain Sauvage
J’ai un ami diabétique qui a eu 3 épisodes de cellulite en 2 ans. Il a commencé à se laver les pieds avec du savon antiseptique, à porter des chaussettes en coton, et à vérifier ses pieds chaque matin. Depuis, plus rien. La prévention, c’est pas juste une phrase, c’est une routine. Et ça marche.
Nicole Frie
Donc on ne peut plus traiter l’impétigo avec de la pénicilline... mais on peut encore acheter des antibiotiques en ligne sans ordonnance sur des sites russes. Vous voyez le paradoxe ?