Comment parler à votre pharmacien des médicaments périmés
Vous avez trouvé une boîte de comprimés dans un tiroir, datant de l’année dernière, voire plus. La date d’expiration est passée, mais vous n’avez pas les moyens d’aller chercher un nouveau traitement tout de suite. Et si vous les preniez quand même ? Beaucoup de gens se posent cette question. La vérité, c’est que les médicaments périmés ne sont pas tous dangereux - mais certains peuvent vous mettre en danger.
La plupart des médicaments ne deviennent pas toxiques, mais perdent leur efficacité
Beaucoup croient que les médicaments périmés deviennent comme des poisons. Ce n’est pas vrai. Selon les pharmaciens, la grande majorité des comprimés et gélules - comme l’ibuprofène, le paracétamol ou même les antihistaminiques - ne deviennent pas dangereux après leur date de péremption. Ils perdent simplement de leur puissance. Un comprimé d’ibuprofène périmé depuis six mois pourrait ne plus soulager votre maux de tête aussi efficacement qu’avant. Mais il ne vous empoisonnera pas.
Cependant, ce n’est pas le cas pour tous les médicaments. Certains, comme l’insuline, le nitroglycérine, les stylos d’épinéphrine (pour les réactions allergiques sévères) ou les traitements contre les crises d’épilepsie, doivent être absolument potents. Si l’insuline perd de son efficacité, votre taux de sucre peut flamber sans que vous vous en rendiez compte. Si un stylo d’épinéphrine ne fonctionne pas lors d’une réaction anaphylactique, la conséquence peut être mortelle.
Quels médicaments sont vraiment risqués après expiration ?
Voici les médicaments que vous ne devez JAMAIS utiliser après leur date de péremption :
- L’insuline : Elle se dégrade rapidement, surtout si elle a été exposée à la chaleur. Même un mois après la date limite, son action peut être irrégulière.
- Le nitroglycérine (pour les angines) : Sous forme de comprimés ou de spray, elle perd son efficacité en quelques mois après ouverture. Un comprimé périmé ne sauvera pas une crise cardiaque.
- L’épinéphrine (stylos EpiPen) : Si elle ne fonctionne pas pendant une réaction allergique, vous courez un risque mortel.
- Les antibiotiques liquides : Comme l’amoxicilline en solution. Ils peuvent se dégrader en substances toxiques et ne traiteront pas l’infection, ce qui favorise les bactéries résistantes.
- Les médicaments injectables : Toute injection périmée - même si elle semble claire - doit être jetée. La stérilité n’est plus garantie.
- Le tétracycline : Ce vieux antibiotique peut produire des toxines après expiration, endommageant les reins.
Si vous avez un traitement pour une maladie chronique - diabète, hypertension, troubles de l’humeur, épilepsie - ne prenez jamais un médicament périmé, même s’il semble intact. La moindre perte d’efficacité peut avoir des conséquences graves.
Comment aborder la conversation avec votre pharmacien ?
Ne vous sentez pas gêné. Les pharmaciens sont habitués à ces questions. Voici les cinq choses à dire pour avoir une conversation utile :
- « J’ai trouvé ce médicament, il est périmé depuis [X mois/années]. Est-ce que je peux encore l’utiliser ? » - Posez la question directement. Ne supposez pas qu’il est sûr.
- « Quel type de médicament est-ce ? » - Demandez si c’est un comprimé, un liquide, une injection. Les comprimés restent plus stables que les solutions.
- « Comment l’ai-je stocké ? » - Avez-vous gardé la boîte dans la salle de bain, près du radiateur, ou dans un tiroir frais et sombre ? La chaleur et l’humidité accélèrent la dégradation.
- « Est-ce que je peux l’utiliser en attendant une nouvelle ordonnance ? » - Pour une migraine ou un rhume, un pharmacien peut dire oui, si le médicament est peu risqué et à peine périmé. Pour un traitement quotidien, la réponse sera non.
- « Quels sont les risques pour ma condition exacte ? » - Si vous avez un cœur fragile, une allergie sévère ou une maladie auto-immune, la réponse change. Soyez précis.
Un bon pharmacien ne vous jugera pas. Il vous aidera à évaluer les risques réels. Et souvent, il pourra vous proposer une solution : un échantillon gratuit, une alternative moins chère, ou une aide pour obtenir un remboursement rapide.
Les signes qu’un médicament est vraiment dégradé
La date d’expiration n’est pas le seul indicateur. Regardez bien votre médicament :
- Couleur changée : Un comprimé qui devient jaune ou brun.
- Odorat étrange : Une odeur de moisi, de vinaigre ou de rance.
- Consistance modifiée : Un comprimé qui se désintègre au toucher, un liquide trouble ou avec des particules.
- Emballage endommagé : Une boîte humide, une ampoule fissurée, un stylo qui ne se déclenche plus.
Si vous voyez l’un de ces signes, jetez-le. Même si la date est dans le futur. La dégradation peut arriver plus vite que prévu.
Comment éviter d’avoir des médicaments périmés ?
La meilleure façon de ne pas être confronté à ce dilemme, c’est de prévenir :
- Faites un inventaire trois fois par an : Regardez vos armoires à pharmacie en janvier, juin et octobre. Notez les dates d’expiration.
- Utilisez la règle « premier entré, premier sorti » : Mettez les nouveaux médicaments derrière les anciens.
- Renouvelez vos traitements avant la fin : Ne patientez pas jusqu’au dernier comprimé. Demandez un renouvellement 7 à 10 jours avant.
- Évitez les achats en gros : Si vous n’utilisez pas un médicament régulièrement, achetez une petite quantité. Vous éviterez le gaspillage.
- Utilisez les rappels numériques : Certaines pharmacies proposent des SMS ou emails pour vous rappeler les renouvellements. Demandez-le.
Comment se débarrasser des médicaments périmés ?
Ne les jetez pas à la poubelle, et surtout, ne les jetez pas aux toilettes. Cela pollue les nappes phréatiques.
En France, vous pouvez les ramener à votre pharmacie. La plupart des pharmacies proposent des bacs de collecte gratuits pour les médicaments périmés ou inutilisés. Vous n’avez pas besoin de boîte d’origine - juste les comprimés ou les tubes dans un sac plastique.
Si votre pharmacie n’a pas de bac, demandez-le. Les pharmacies sont tenues de proposer cette collecte depuis 2022. Vous pouvez aussi utiliser les points de collecte organisés lors des journées nationales de récupération des médicaments.
Si vous devez les jeter à la poubelle (dernier recours) :
- Mélangez les comprimés avec du marc de café ou de la litière pour chat.
- Mettez le tout dans un sac fermé.
- Grattez ou déchirez toutes les étiquettes avec vos informations personnelles.
Les mythes à détruire
Voici ce que les pharmaciens entendent trop souvent :
- « La date d’expiration est juste pour faire vendre plus. » - Faux. Elle est déterminée par des tests de stabilité rigoureux, exigés par les autorités sanitaires.
- « Tous les médicaments restent bons des années après. » - Faux. C’est vrai pour certains comprimés stockés parfaitement, mais pas pour les liquides, les insulines ou les traitements critiques.
- « Si je l’ai déjà pris sans problème, ça va encore. » - Faux. Votre corps change, votre maladie évolue. Une dose moins forte peut ne plus suffire.
La science le confirme : une étude du ministère de la Défense américain a montré que 88 % des médicaments de stockage militaire étaient encore efficaces 15 ans après leur date de péremption - mais dans des conditions de stockage parfaites, à température contrôlée. Ce n’est pas votre armoire de salle de bain.
Et si j’ai déjà pris un médicament périmé ?
Si vous avez pris un ibuprofène périmé depuis trois mois pour un mal de tête ? Probablement rien de grave. Vous avez peut-être juste eu moins de soulagement.
Si vous avez pris un antibiotique périmé pour une infection ? Si vos symptômes ne s’améliorent pas, ou s’aggravent, contactez immédiatement votre médecin. Un traitement inefficace peut entraîner des bactéries résistantes - un problème mondial qui cause plus de 35 000 décès par an en Europe.
Si vous avez utilisé de l’insuline périmée et que votre glycémie est élevée ? Appelez votre pharmacien ou votre médecin sans attendre. Ce n’est pas une urgence à laquelle il faut jouer à la roulette russe.
Est-ce que les médicaments périmés peuvent me rendre malade ?
La plupart du temps, non. La plupart des comprimés perdent simplement de leur efficacité. Mais certains médicaments, comme l’insuline, l’épinéphrine, les antibiotiques liquides ou le nitroglycérine, peuvent devenir inefficaces ou même toxiques après expiration. Utiliser ces médicaments peut entraîner des complications graves, voire mortelles.
Puis-je utiliser un médicament périmé en attendant un renouvellement ?
Pour un médicament en vente libre, comme le paracétamol ou l’ibuprofène, et s’il est à peine périmé (moins de 6 mois), un pharmacien peut dire oui, à condition qu’il n’ait pas changé d’apparence. Pour un traitement prescrit - surtout pour le cœur, le diabète, l’épilepsie ou les allergies - non. La perte de puissance peut être dangereuse.
Comment savoir si un médicament est encore bon ?
Regardez la date d’expiration, mais aussi l’apparence : couleur, odeur, texture. Un comprimé cassant, un liquide trouble, une odeur rance ou une poudre agglomérée sont des signes de dégradation. Même si la date est passée, si le médicament semble anormal, jetez-le.
Où puis-je déposer mes médicaments périmés ?
Toutes les pharmacies en France proposent des bacs de collecte gratuits pour les médicaments périmés ou inutilisés. Vous n’avez pas besoin d’emballage d’origine. Il suffit de les apporter dans un sac plastique. Vous pouvez aussi consulter le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament pour trouver un point de collecte près de chez vous.
Les médicaments en flacon opaque sont-ils plus stables ?
Oui. Les flacons en verre amber (brun) protègent mieux de la lumière, ce qui ralentit la dégradation. Mais la date de péremption indiquée sur le flacon est toujours la référence. Si vous avez un médicament reconditionné par la pharmacie, la date de péremption est souvent limitée à un an à compter du jour du reconditionnement, même si la date du fabricant est plus éloignée.
Prochaines étapes : ce que vous pouvez faire dès maintenant
Voici trois actions simples à faire cette semaine :
- Allez dans votre armoire à pharmacie et sortez tous les médicaments périmés.
- Regardez leur apparence : s’il y a un changement de couleur, d’odeur ou de texture, mettez-les de côté.
- Apportez-les à votre pharmacie. Demandez conseil pour les traitements que vous utilisez encore.
Ne laissez pas la peur ou la gêne vous empêcher de parler à votre pharmacien. C’est son métier de vous protéger. Et souvent, il peut vous aider à éviter un achat inutile, ou à trouver une solution moins chère que de prendre un médicament risqué.
Alexandre Z
Je viens de jeter 3 boîtes de paracétamol périmés depuis 2018. J’ai juste eu peur qu’ils me transforment en zombie. Bon, en vrai, j’ai pas eu le courage de les ramener à la pharmacie. J’ai mis ça dans un sac avec du marc de café et j’ai crié ‘à la poubelle, saloperie !’ comme dans un film d’horreur. J’ai l’impression d’avoir fait un acte héroïque.
Yann Pouffarix
Je suis pharmacien depuis 32 ans, et je peux vous dire que la plupart des gens ont une vision complètement faussée de la péremption. La date n’est pas une bombe à retardement, c’est une limite de garantie de stabilité chimique, pas une date de péremption de la vie. J’ai vu des comprimés de paracétamol de 1998 encore efficaces dans un tiroir sec, à l’abri de la lumière. Mais je ne dis pas de les prendre, parce que la réglementation est là pour protéger les fabricants, pas les consommateurs. Le vrai problème, c’est que les gens achètent des médicaments en gros parce qu’ils pensent que c’est économique, alors que c’est une source de gaspillage et de risques. Et puis, qui vérifie vraiment la couleur du comprimé ? Personne. On prend ce qu’on a, on espère que ça va marcher, et on se rend compte qu’on a eu une infection résistante parce qu’on a utilisé un antibiotique qui avait perdu 40 % de son efficacité. C’est pas de la malchance, c’est de la négligence systémique.
Alexandre Masy
Il est regrettable que cet article ne mentionne pas que la date de péremption est déterminée par des essais de stabilité effectués sur des échantillons contrôlés en laboratoire, et non par une décision arbitraire des laboratoires. L’idée que les médicaments deviennent toxiques est un mythe populaire, mais la perte d’efficacité est un risque réel, surtout pour les traitements chroniques. Je ne comprends pas comment une population peut se fier à des conseils non scientifiques sur la santé.