Médicaments contre le rhume et la grippe pendant la grossesse : ce qu’il faut éviter
Quand vous êtes enceinte, un simple rhume peut devenir une source d’anxiété. Et si vous attrapez la grippe ? La peur de nuire à votre bébé peut vous pousser à éviter tout médicament… ou à en prendre trop, par peur de ne pas guérir. La vérité, c’est que certaines molécules sont sans danger, d’autres sont dangereuses, et beaucoup sont un mystère. Ce n’est pas une question de « tout ou rien » : il s’agit de choisir avec précision.
Les médicaments que vous pouvez prendre en toute sécurité
Si vous avez de la fièvre, des douleurs ou une tête qui bat, l’acetaminophène (Tylenol) est votre meilleur ami. Il est recommandé par les obstétriciens du monde entier, y compris l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG), et ce, pendant tous les trimestres. Des études sur plus de 50 000 femmes enceintes n’ont jamais montré de lien avec des malformations congénitales. Il est même utilisé pour soulager les douleurs de l’accouchement. Prenez la dose la plus faible possible, pendant le temps le plus court. Pas besoin de doubler la dose pour aller plus vite.
Pour la toux, le dextrométhorphane (Robitussin) est considéré comme sûr. Une étude du NIH suivant 300 femmes ayant pris ce médicament au premier trimestre n’a pas révélé de risque accru de malformations. Même chose pour le guaifénésine (Mucinex simple), qui aide à fluidifier les sécrétions. Évitez les versions « rapide » ou « multi-symptômes » : elles contiennent souvent des ingrédients interdits.
Si vous avez le nez qui coule ou des allergies, les antihistaminiques de deuxième génération comme le loratadine (Claritin) et le cétirizine (Zyrtec) sont les meilleurs choix. Ils causent moins de somnolence que les anciens antihistaminiques et ont été étudiés chez des milliers de femmes enceintes. Les produits à base de menthol, comme le Vicks Vapor Rub ou les pastilles pour la gorge, sont aussi sans danger. Ils agissent localement, sans passer dans le sang.
Les médicaments à éviter absolument
Ne prenez jamais d’ibuprofène (Advil, Motrin), de naproxène (Aleve) ou d’aspirine - sauf si votre médecin vous l’a expressément prescrit. Ces anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent affecter le développement du cœur du bébé, réduire la quantité de liquide amniotique, et même déclencher un accouchement prématuré. Le risque augmente après le deuxième trimestre, mais mieux vaut les éviter complètement.
La phényléphrine (Sudafed PE) est un décongestionnant courant dans les produits en vente libre. Pourtant, elle est formellement déconseillée pendant la grossesse. Des études montrent qu’elle peut réduire le flux sanguin vers le placenta, ce qui limite l’oxygène et les nutriments pour votre bébé. Même chose pour la pseudoéphédrine (Sudafed) : certains spécialistes la jugent acceptable, d’autres la déconseillent. Face à ce désaccord, la prudence est la règle : évitez-la.
Évitez aussi les médicaments contenant du codeine. La FDA a émis un avertissement en 2021 : ce dérivé de l’opium peut provoquer une dépression respiratoire chez le nouveau-né, voire la mort. Même si vous avez déjà pris du codeine avant d’être enceinte, ce n’est plus une option.
Les pièges des produits « tout-en-un »
DayQuil, NyQuil, Mucinex FastMax, TheraFlu… Ces produits semblent pratiques : un seul comprimé pour la fièvre, la toux, le nez bouché et la douleur. Mais c’est un piège. Chaque comprimé contient plusieurs ingrédients, dont certains sont interdits. NyQuil, par exemple, contient de l’alcool (entre 10 et 15 %), du dextrométhorphane, de la phényléphrine, et parfois un antihistaminique comme la doxylamine. Même les versions « sans alcool » peuvent contenir des décongestionnants dangereux.
Il n’y a pas de « version sûre » de ces produits combinés. Si vous avez besoin d’un décongestionnant, d’un antitussif et d’un antipyrétique, prenez-les séparément, et seulement si nécessaire. Une bonne règle : si le nom du produit contient « Multi », « Max », « Total » ou « Complete », mettez-le de côté.
La grippe : un risque bien plus grand que les médicaments
La grippe pendant la grossesse n’est pas un simple rhume. Les femmes enceintes ont 5 fois plus de risques d’être hospitalisées, et jusqu’à 7 fois plus de risques d’entrer en soins intensifs. La complication la plus redoutée ? La pneumonie. Et elle peut être mortelle.
Heureusement, il existe un traitement efficace : l’oseltamivir (Tamiflu). L’ACOG recommande de le prescrire dès l’apparition des symptômes, même sans test de confirmation. Des études sur des milliers de femmes enceintes n’ont trouvé aucun lien avec des malformations. Même si vous êtes au troisième trimestre, ou si les symptômes durent plus de 48 heures, le Tamiflu reste bénéfique. Ne perdez pas de temps à attendre : plus vous commencez tôt, mieux vous protégez votre bébé.
La vaccination est votre meilleure arme. Le vaccin contre la grippe (inactivé) est recommandé à tous les trimestres, entre octobre et mai. Et depuis 2022, le vaccin Abrysvo est aussi recommandé aux femmes entre 32 et 36 semaines de grossesse pour protéger le bébé contre le VRS, un virus qui cause des bronchiolites graves chez les nouveau-nés.
Les remèdes naturels : attention aux pièges
Les herbes, les huiles essentielles, les compléments alimentaires… On pense qu’ils sont « naturels », donc sûrs. C’est une erreur. La FDA ne régule pas les compléments alimentaires. Il n’y a pas de garantie de pureté, ni de dose, ni d’études sur la grossesse. Certains extraits de gingembre ou d’echinacée peuvent stimuler les contractions utérines. D’autres contiennent des métaux lourds ou des pesticides.
Privilégiez les solutions simples : boire beaucoup d’eau, se reposer, utiliser un humidificateur, rincer son nez avec du sérum physiologique. Une tisane chaude au citron et au miel soulage la gorge sans risque. Le miel est sûr après 12 mois de grossesse - pas avant, car il peut contenir des spores de botulisme, même si le risque est minime.
Quand appeler votre médecin
Ne prenez pas de décision seule. Même si un médicament est considéré comme sûr, il faut toujours consulter votre médecin ou sage-femme avant de le prendre. C’est particulièrement vrai si vous avez : une fièvre supérieure à 38,5 °C, une respiration sifflante, une douleur thoracique, des contractions, ou si vos symptômes durent plus de 7 jours.
Et surtout : ne vous sentez pas coupable si vous avez pris un médicament interdit avant de savoir. La plupart des médicaments ne causent pas de dommages à court terme. Ce qui compte, c’est ce que vous faites maintenant. Parlez-en à votre professionnel de santé. Il vous guidera pour la suite.
Un plan simple pour gérer un rhume ou une grippe enceinte
- Commencez par les mesures non médicamenteuses : repos, hydratation, humidificateur, rinçage nasal au sérum.
- Si la fièvre ou la douleur persistent, prenez de l’acetaminophène (max 3 g/jour).
- Pour la toux, utilisez du dextrométhorphane (sans alcool).
- Pour le nez bouché, essayez un spray nasal au sérum physiologique. Évitez les décongestionnants oraux.
- Si vous avez des symptômes de grippe (fièvre soudaine, courbatures, fatigue extrême), appelez votre médecin dès le premier jour.
- Ne prenez jamais un produit combiné. Toujours vérifier les ingrédients.
- Si vous êtes enceinte de plus de 32 semaines, demandez le vaccin Abrysvo.
Puis-je prendre du Tylenol pendant toute ma grossesse ?
Oui, l’acetaminophène (Tylenol) est le seul analgésique et antipyrétique recommandé tout au long de la grossesse, y compris au premier trimestre. Des études sur plus de 50 000 femmes n’ont pas montré de lien avec des malformations. Mais respectez la dose maximale : 3 grammes par jour maximum, et ne le prenez que si nécessaire. Pas plus longtemps que nécessaire.
Est-ce que le Vicks Vapor Rub est sûr pendant la grossesse ?
Oui, le Vicks Vapor Rub est considéré comme sûr. Il agit localement sur la peau et ne pénètre pas en quantité significative dans le sang. Il peut aider à soulager la congestion nasale et la toux en libérant des vapeurs de menthol et d’eucalyptus. Évitez simplement de l’appliquer sous le nez ou sur les muqueuses. Utilisez-le sur la poitrine ou le cou.
Pourquoi les décongestionnants comme Sudafed sont-ils dangereux ?
Les décongestionnants comme la pseudoéphédrine et la phényléphrine rétrécissent les vaisseaux sanguins. Chez la femme enceinte, cela peut réduire le flux sanguin vers le placenta, ce qui limite l’oxygène et les nutriments que reçoit le bébé. Ce risque est plus élevé au premier trimestre, quand les organes se forment. Même si certains médecins les autorisent ponctuellement, la plupart des organismes comme l’ACOG et la CDC recommandent de les éviter.
Puis-je prendre du Tamiflu si je suis enceinte et que j’ai la grippe ?
Oui, absolument. Le Tamiflu (oseltamivir) est le traitement de première ligne contre la grippe pendant la grossesse. Des études sur des milliers de femmes n’ont montré aucun risque pour le bébé. L’ACOG insiste : même si vous n’avez pas fait de test, si vous avez des symptômes de grippe, commencez le traitement dans les 48 heures. Même après, il peut encore réduire la gravité de la maladie et prévenir les complications.
Les compléments alimentaires comme la vitamine C ou l’échinacée sont-ils sûrs ?
Non, il est déconseillé. La FDA ne régule pas les compléments alimentaires. Ce que vous achetez en pharmacie ou en ligne peut contenir des ingrédients non déclarés, des doses excessives, ou des substances toxiques. Même la vitamine C en grandes quantités peut augmenter le risque de fausse couche. L’échinacée n’a pas été étudiée suffisamment. Privilégiez les aliments riches en vitamines : agrumes, légumes verts, légumineuses. Votre alimentation est votre meilleur complément.